— Oh ! pardon, ma sœur ; je vous scandalise ! C’est vrai, aussi, je suis trop malheureuse ! Vous ne pouvez pas comprendre tout ce qu’il était pour moi, mon Victor !
Toute ma famille ! Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur ; ils sont tous morts ! Alors lui, je m’étais dit qu’il me remplacerait tout ! Et j’avais tant de confiance ! Depuis qu’on était petits, on s’était promis… Même à sept, huit ans, du temps de la rue Lepic, on s’appelait petit mari, petite femme. Il disait qu’il n’aimerait que moi, rien que moi, et voilà, maintenant… voilà que nous sommes quatorze ! Non, c’est trop dur ! Quatorze ! Ah ! ma vie est finie : je peux bien mourir !
— Rose, je vous défends de parler ainsi.
— Ah ! pourquoi mademoiselle m’a-t-elle rendu la santé ? Mon Dieu, pour souffrir encore !
— Voyons, dit la sœur des Saints-Anges, de sa voix douce, est-ce que la lettre ne vous dit pas que… que ce malheureux blessé vous aime plus que les autres, et que vous êtes la seule… dans la petite poche ?… Mon Dieu ! qu’est-ce que j’ai dit ?
— Vous voulez me consoler, ma sœur, mais qui sait, s’il n’a pas fait écrire la même chose à toutes les autres ?
— Je suis certaine que non, dit Diane avec autorité. Il y a dans la lettre de ce garçon un accent de naïveté, de vérité qui ne trompe pas. Il faut croire ce qu’il vous dit.
— Je le croirai naturellement si mademoiselle me l’ordonne. Mon Dieu, que c’est désolant ! Et sa jambe ! le pauvre malheureux !
— Enfin, mademoiselle Rose, votre cœur s’incline vers le pardon !
— Ma sœur, je lui pardonnerai tout ce qu’on voudra, excepté d’avoir eu qua…