— Songez, interrompt Mlle de Trivières, de sa voix profonde, qu’il a été blessé pour la France… pour nous !… Pensez à cela, et allez à l’église avec la sœur, tout de suite. Rose, obéissez.

— Mademoiselle oublie que c’est moi qui sers la soupe aux petits, parce que la sœur Philomène n’y voit pas clair et qu’elle verse tout à côté ?

Non, ce n’est pas encore M. Plisson, ni sa jambe, ni ses treize marraines qui me feront manquer à mon devoir !…

— Allez à l’église, répète doucement Mlle Diane ; je servirai la soupe aux enfants.

Rose Perrin et la sœur des Anges, parties dans l’allée des sapins, l’une soutenant l’autre, Mlle de Trivières s’installe devant le bureau où elle fait les comptes de la petite colonie.

Ce meuble ne rappelle en aucune façon son joli bureau de Paris.

On l’a pris au château, dans la pièce du rez-de-chaussée, où feu le marquis de Trivières recevait son intendant et ses fermiers.

Carré, massif, solide, ce meuble de chêne foncé énonce des souvenirs de comptes, échéances, quittances, etc. Aussi clairement que le bureau de la chambre de Diane, aux guirlandes de roses sur vernis Martin, évoquait la pensée de charmants billets parfumés, de lettres féminines nouées de rubans aux couleurs tendres.

Cependant, depuis qu’il sert aux comptes d’une jolie femme, le vieux bureau lui-même a ses faiblesses : c’est d’abord un tiroir fermé à clef qui contient quelques lettres et, sur la tablette extérieure, un vase de verre transparent avec un lis et deux ou trois roses qui répandent leur odeur à travers la salle.

Diane sort du tiroir en question le paquet de lettres ; elle en relit des passages.