Par la fenêtre ouverte, la jeune fille voit passer les convalescents qui se promènent lentement sous les sapins ; au loin, elle entend les éclats des voix aiguës des enfants et la basse plus forte de sœur Philomène qui les gronde.
« Il faut que je profite de ce moment de solitude, se dit-elle ; je vais lui écrire la première pour savoir de ses nouvelles, puisqu’il n’en donne pas… Il y aura bientôt trois mois qu’il n’a donné signe de vie ! Diane prend une feuille blanche, mais elle reste longtemps sans y toucher.
Au moment de commencer, elle songe :
« A quoi bon continuer la comédie que j’ai inventée ? Nous sommes fiancés dans l’esprit de nos parents. Pourquoi ne pas signer de mon nom ? »
Elle hésitait, partagée entre deux partis : l’un, qu’il faudrait bien que la mystification prît fin ; l’autre, que du moment où elle se serait dévoilée, il faudrait renoncer à la liberté de leur correspondance, au plaisir de tout dire sous un nom emprunté, et c’était justement cette liberté qui en faisait le charme ; il faudrait retomber dans la banalité des formules convenues ; et elle pensa que, dès lors, elle n’aurait plus aucun goût à écrire.
Ce fut cette idée qui la décida. D’ailleurs, que faisait-elle de mal ? De toute façon, Hubert deviendrait son fiancé, peut-être son mari, avant la fin de la guerre…
Mari… fiancé ?
Elle essaya de se représenter Hubert de Louvigny tel qu’il devait être aujourd’hui d’après le souvenir qu’elle en avait gardé, mais la bonne figure ronde et rieuse de l’ancien étudiant ne lui inspirait rien…
Soudain Diane rougit violemment.
Un autre visage aux traits mélancoliques, aux yeux profonds et graves, se dressait devant elle.