« Ah ! petite amie, pourquoi existe-t-il des femmes si différentes ?… de splendides lis de serre chaude fiers, purs et superbes, mais qui savent à peine se pencher sur la misère humaine et que les émotions communes aux autres femmes semblent ne devoir jamais atteindre !
« Vous êtes, vous, douce amie, la rose des baies au charme discret. Votre grâce délicate n’attire pas les regards et ne recherche aucune louange.
« Lorsque vous faites le bien ce doit être comme une émanation naturelle de votre cœur : le doux parfum de la fleur !
« Que Dieu me garde des beaux lis fiers, et me conserve votre amitié, Rose !
« Nous sommes auprès d’un misérable village dont il ne reste guère que le souvenir, quelques caves et beaucoup de rats, des souris aussi, très jolies, que nous avons apprivoisées.
« Deux ou trois plus familières regardent courir ma plume de leurs petits yeux brillants où je veux voir une vague lueur d’intérêt.
« On se sent là si seul, si séparé du monde civilisé ; le mauvais temps porte aux humeurs noires ; il fallait la lettre de mon amie Rose pour secouer la vague de tristesse qui fait comme la pluie et s’insinue lentement…
« Ah ! quand le temps de l’action viendra-t-il ! Quand le grand souffle du combat viendra-t-il balayer les torpeurs de l’attente !…
« Alors il n’y aura plus de place pour le regret de ce que la vie aurait pu être, ni pour l’amertume des espoirs impossibles… Donner sa vie pour une belle cause, la sacrifier au plus grand et au plus pur amour, n’être enflammé que de la seule passion qui devrait faire battre le cœur d’un soldat : après l’amour divin, celui de la Patrie !
« Douce amie, puisque vous m’avez promis de prier pour moi, tâchez d’obtenir du Ciel ces faveurs…