— Je suis curieuse de savoir si mademoiselle a toujours des nouvelles de M. le lieutenant ?
— Oui, de temps en temps ; ses lettres sont plus rares, répondit Diane évasivement.
Rose aurait eu bien envie d’en entendre davantage, mais ayant vu la physionomie de sa maîtresse se refermer subitement, elle se tut et, bientôt, Diane redescendit chez elle.
Ce quatrième hiver de guerre était devenu pour les malheureux une terrible épreuve, et pour tous une succession de jours mornes où l’on vivait dans l’attente d’événements qui tardaient à venir.
Comme Diane rentrait à la fin de l’après-midi, ce jour-là, elle eut l’idée de s’informer auprès du portier à propos d’un mot de Rose, qui lui revenait à la mémoire.
— On m’a dit que certaines personnes de la maison parmi nos locataires manquaient de moyens de chauffage. Est-ce vrai ?
— Oui, mademoiselle, et c’est bien triste. C’est une vieille dame aveugle qui demeure tout en haut… Sa domestique a cherché partout du charbon sans en trouver… Elle a dit en secret à ma femme qu’elle avait fait coucher la pauvre dame depuis deux jours pour lui éviter de prendre mal.
— Je croyais que la maison avait le chauffage central.
— Jusqu’au quatrième seulement, mademoiselle ; les petits appartements du cinquième ne sont pas chauffés.
Diane se doutait bien du nom de la vieille dame aveugle qui demeurait là-haut ; mais, afin d’en être plus sûre, elle demanda :