Et, de son écriture élégante, droite et haute, Diane recopia l’informe gribouillage de la Bretonne :

Deux caleçons ;

Quatre paires de chaussettes ;

Un chandail de laine, etc.

… Sans se douter de la perturbation que l’énoncé de ces objets prosaïques allait jeter dans l’esprit d’Hervé de Kéravan.

N’allait-il point s’imaginer y reconnaître l’écriture de Rose Perrin !

Lorsque ce fut fini, Diane proposa gentiment :

— Je serai très heureuse de vous servir de secrétaire, chère madame, puisque les talents de Corentine sont insuffisants. M. de Kéravan me lira plus facilement. Vous lui direz qu’une de vos voisines vous a offert ses services.

On juge avec quel empressement Mme de Kéravan accepta l’offre de sa jeune amie. Elle en profita aussitôt et dicta une longue lettre où elle fit passer par la plume de Diane ses appréhensions maternelles et les expressions de sa tendresse.

« Tu sais, mon Hervé, disait-elle, combien je t’aime et comme je pense à toi tout le long du jour. Prends donc bien garde à ta santé ! Je ne dis pas aux balles et aux obus ; je sais que mon enfant fera grandement son devoir comme un Kéravan qu’il est : « Bon sang ne peut mentir ! » Mais veille à ta santé, pour ta vieille grand’mère qui t’en prie, si ce n’est pour toi.