— Comme vous lisez avec expression, chère enfant, dit l’aveugle. C’est une privation pour moi de ne pouvoir jouir de la vue de votre beau visage… Car vous êtes charmante, je le sais.

— Qui vous a dit cela, chère madame ?

— Qui voulez-vous que ce soit, petite masque ? C’est Hervé, naturellement !

Le lendemain de ce jour, Mlle de Trivières arriva au milieu d’une discussion entre Mme de Kéravan et sa domestique.

Il s’agissait de dresser une liste d’objets dont Hervé pouvait avoir besoin, afin de la soumettre à l’approbation du lieutenant.

— Vous écrivez si mal, ma pauvre Corentine, disait la baronne en forçant sa voix, que l’autre jour, le cher petit avait compris « chandelle » pour « chandail » ; il a répondu qu’il n’avait pas besoin de chandelles, que sa lampe de poche lui suffisait…

— Hé ! c’est déjà bien beau, madame, répondait Corentine avec son rude accent, d’écrire comme je fais, quand on a été à l’école à la queue des vaches ! Ma doué ! ça me coûte tant de les écrire, ces lettres, c’est une si dure ouvrage, que si c’était point pour notre Hervé, j’aimerais autant recevoir cent coups de bâton !

Mme de Kéravan renvoya sa servante à sa cuisine et se plaignit ensuite de la difficulté de correspondre avec son petit-fils, et d’être obligée de le faire si brièvement qu’elle ne pouvait rien lui dire.

— Si vous étiez bien gentille, mademoiselle Diane, dit-elle, je vous demanderais de vouloir bien recopier cette liste d’objets que Corentine a déjà faite, du moins si vous pouvez vous y reconnaître… Vraiment, j’ai peur d’abuser, mais vous êtes si complaisante !

— Je suis enchantée de vous être utile, répondit la jeune fille. Ce sera fait en un instant !