La voix faible de Mme de Kéravan lui parvint du fond de l’appartement. L’aveugle appelait, s’étonnait de se trouver seule.
Diane revint au cabinet de travail, elle prit au hasard dans une rangée un roman de Walter Scott et rejoignit la vieille dame.
Celle-ci lui déclara que son petit quart d’heure — il avait duré quarante minutes — lui avait fait le plus grand bien, et qu’elle était toute disposée à entendre ce que la lectrice voudrait bien lui narrer.
Mais la lectrice de la baronne eut, ce jour-là, de fréquentes distractions ; il lui arriva de tourner deux ou trois pages à la fois sans qu’elle, ni son auditrice, s’en aperçussent. Vers la fin, cependant, elle prit un vif intérêt aux aventures de la princesse Isabelle et de Quentin Durward ; elle lut avec expression le passage où ce dernier déclare avec douleur à l’objet de sa flamme :
« Je ne puis oublier la distance que le destin a placée entre nous, et vous exposer à la censure de votre noble famille comme l’objet de l’amour le plus dévoué d’un homme pauvre.
« Que cette idée passe comme un rêve de la nuit pour tous… excepté pour un cœur où, tout rêve qu’elle est, elle tiendra la place de toutes les réalités. »
Et, au lieu de clore l’entretien en disant comme la princesse : « Adieu, ne m’oubliez pas, Durward, je ne vous oublierai jamais ! » Diane, se substituant à Isabelle, eût voulu répondre : « Pourquoi désespérer, Hervé ? Pourquoi tenir ce langage désolant ? Qu’importent les considérations de fortune ! Ne comprenez-vous pas que, moi aussi, je… »
Le reste se perdait dans les lamentations de la princesse de Croye dont Quentin baisait les mains avec une tendresse passionnée.
Hélas ! le héros de 1918 reviendrait-il vainqueur du gigantesque tournoi engagé contre les ennemis de sa race ?
Oui, la victoire était certaine ; mais « lui » reviendrait-il pour recevoir la récompense de ses exploits… et celle de son amour ?