Elle reconnut la main qui avait écrit cette ligne de cette écriture ferme et serrée qui ressemblait si étonnamment à celle d’Hubert de Louvigny.
Diane avait rougi en reconnaissant la date. C’était celle du jour — le seul jour — où Hervé était venu chez elle, le soir, en sautant sur le balcon, ainsi qu’il l’avait dit en plaisantant, comme un sauvage ou un voleur, et venant la complimenter sur son chant. C’était, elle s’en souvenait bien, précisément cette romance qu’elle avait chantée. Depuis cette soirée il l’avait faite sienne et elle devinait qu’à cette même place il avait dû répéter bien des fois lui-même :
Et je veux mourir pour ma mie
Sans la nommer !
Cette musique encore ouverte, cette date précise, n’était-ce pas l’aveu de l’amour d’Hervé signé de sa main ?
Diane demeura longtemps, le coude appuyé au bord du petit piano, la tête inclinée sur sa main.
« Jamais, pensait-elle, jamais on ne m’a aimée ainsi… Et je sais qu’il n’en dira rien ! Faudra-t-il que tant d’amour reste vain ? Et moi-même oserai-je jamais y faire allusion ?
Elle comprenait qu’elle ne pourrait s’en ouvrir à sa mère. La marquise jetterait les hauts cris : épouser un officier sans fortune, de petite noblesse, et qui pouvait la laisser veuve d’un moment à l’autre, ce serait fou, alors qu’elle avait éloigné les plus beaux partis !
— Quelle impasse ! soupira-t-elle. Que le bonheur est donc une chose difficile !
Elle ne se doutait pas, qu’en parlant ainsi, elle répétait presque mot pour mot une phrase de son tuteur…