La tapisserie représentait l’entrée du roi Charles VIII dans sa bonne ville de Rennes.

Les costumes, les personnages, étaient frappants de vérité. Dans une large rue pavée, c’était un cortège magnifique, le roi Charles en tête, monté sur un cheval blanc empanaché de plumes.

Le prince, jeune et beau, levait la tête du côté d’une fenêtre basse, au balcon de laquelle étaient penchées trois jeunes femmes. L’une d’elles, un peu en avant des autres, petite, gracieuse et fine, coiffée du hennin à voile retombant, portant une collerette évasée, un corsage à pointe et une ample jupe à godets, n’était autre que la princesse Anne, l’héritière du beau duché, envoyant à son royal fiancé un geste de bienvenue.

Diane examina longuement la superbe tapisserie ; c’était une œuvre de prix de toute beauté.

Elle comprit par intuition la pensée qui avait poussé Hervé à apporter dans son appartement de Paris cette grande pièce mieux faite pour décorer les panneaux d’un salon monumental ; elle y voyait l’amour profond du jeune homme pour son pays natal, la petite patrie si chère aux cœurs bretons.

Hervé avait cru emporter avec lui un morceau de sa Bretagne…

Diane se tourna machinalement du côté du piano droit placé de dos, dans un angle.

Elle remarqua auprès des piles bien rangées de partitions anciennes : la Norma, la Dame blanche, la Traviata, etc., qui avaient dû appartenir à la défunte baronne de Kéravan.

Mais, ayant fait le tour du piano, elle vit qu’il était resté ouvert et qu’une feuille de musique à l’aspect neuf était placée toute dépliée sur le pupitre.

La jeune fille regarda le titre : la Chanson de Fortunio. Elle rougit soudain en lisant une date écrite au crayon à l’angle de la feuille : 14 mai 1918.