Pendant que la servante entrait dans la chambre de sa maîtresse par la porte de l’antichambre, le lieutenant traversa la salle à manger, le salon et de là, il pénétra dans son cabinet où il attendit dans l’obscurité.
Une minute plus tard, Corentine entra d’un air mystérieux, laissant entr’ouverte la porte qui communiquait à la chambre de la baronne.
— C’est fait, monsieur Hervé, dit-elle à voix basse, madame ne se doute de rien et la demoiselle non plus.
— Va, répondit-il, laisse-moi. J’entrerai tout à l’heure.
Malgré la joie qu’il éprouvait à revoir le cher visage ridé qui lui faisait face, et ne pouvait le voir, le lieutenant de Kéravan ne se pressait pas de courir à son aïeule.
Après lui avoir jeté un regard de tendresse, le cœur battant d’attente et de curiosité, il tenta d’apercevoir l’autre personne, celle qui, à ce moment, écrivait sous la dictée de Mme de Kéravan.
— Enfin, se disait-il, je saurai qui est cette Rose Perrin. Ce ne peut être qu’elle, les écritures sont identiques… il n’y a aucun doute !
La jeune femme, assise en face de sa grand’mère, lui tournait à demi le dos ; il la voyait de trois quarts, c’est-à-dire qu’il n’apercevait d’elle que la courbe d’un cou très blanc, un ovale fuyant et des cheveux bruns encadrant la tête penchée sur le papier.
Hervé, de peur de trahir sa présence, ne bougeait plus, le silence de l’appartement était tel qu’il entendait, de sa place, le grincement de la plume que maniaient avec dextérité des doigts longs et fins.
— Rose Perrin, se répéta-t-il, c’est elle, je vais la voir ! Comment se trouve-t-elle ici ? Tant pis !… j’entre !