Qu’était-il pour la marquise de Trivières autre chose qu’un inconnu, pauvre, obscur, étranger à son monde et à sa vie ? Et quelle réponse lui ferait cette mère quand il oserait aller déclarer ses sentiments ?
N’allait-elle point le renvoyer honteusement comme un vulgaire intrigant, lui qui possédait pour tout bien son pauvre manoir breton, sa croix et son épée ?
Et lorsque la marquise apprendrait de quelle façon étrange étaient nées leurs relations, ne le soupçonnerait-elle point d’avoir voulu se substituer à Hubert de Louvigny, le prétendant officiel, d’avoir inventé ce stratagème dont l’enjeu était le cœur de sa fille… et sa dot ?
Cette pensée amena une rougeur au front de l’officier. Oh non ! non ! Plutôt que de subir certains soupçons, il aurait le courage de renoncer…
Oh ! Diane ! Diane ! si noble, si parfaite, il faudrait donc se détourner du bonheur qu’elle-même lui offrait !
Hervé essuya quelques larmes qui avaient coulé jusqu’à sa moustache sans qu’il s’en aperçût, et, assurant sa voix par un violent effort, il rentra dans la chambre de l’aveugle.
Mlle de Trivières était rentrée chez elle dans le même état d’esprit que le lieutenant au début de sa songerie.
Une joie ailée la transportait.
Elle traversa le jardin en rêvant, sans s’apercevoir que la pluie descendait en cataractes du ciel.
Cette soirée était à ses yeux la plus belle du monde.