« De trop souffrir… »

CHAPITRE III

Le printemps à Vauclair.

Un printemps coupé d’averses, de gelées, de rafales, mais le printemps quand même.

Autour de l’hôpital, les crocus et les primevères apparaissaient sous l’herbe mouillée, les premières violettes sortaient leurs boutons corsetées de vert tendre et, dans les parterres du château, les beaux lis blancs, au cœur d’or, sonnaient les alléluias triomphants des dimanches de Pâques.

Diane de Trivières passait indifférente aux merveilles du renouveau ; elle ne regardait qu’en elle-même.

Elle y retrouvait sans cesse l’image mélancolique de deux yeux fiers au regard pénétrant.

Malgré qu’elle eût repris ses multiples occupations d’infirmière, qu’elle eût revu avec plaisir son œuvre agrandie, en plein essor, rien ne parvenait à rompre le sortilège malfaisant qui retenait son âme enchaînée dans un cercle de sombres pensées.

Comme autrefois, elle allait encore du château à l’hôpital aux mêmes heures ; sa blouse blanche passait dix fois par jour le long des salles qu’elle inspectait d’un œil vigilant, mais, comme le disait Rose avec tristesse :

« C’était mademoiselle et ce n’était plus elle : on croyait qu’elle était là, mais son cœur n’y était plus ! »