— Il va tomber… c’est sûr ! Et après, comment fera-t-on pour le ramasser ? Mademoiselle l’entend siffler d’ici ? C’est qu’il est content ! Il a reçu ce matin une lettre d’un camarade de son régiment. Ça lui a fait plaisir d’avoir des nouvelles.
Mlle de Trivières avait des raisons personnelles pour s’intéresser au régiment de Victor, puisque c’était le même que celui de certain lieutenant.
— Quelles nouvelles a-t-il reçues de son régiment ? A-t-il été très éprouvé ? Était-il aux dernières affaires ?
— Oh ! oui, mademoiselle ! Et ils ont joliment écopé !… Pardon ! c’est des mots de Paris qui me reviennent… Il paraît que c’est leur régiment qui est entré le premier dans Noyon, pour en chasser les Boches ; et ils les ont poursuivis jusqu’à une autre ville qu’on appelle Ham… Il dit, ce camarade de Victor, que c’est un lieutenant de sa compagnie, un grand, qui a planté le drapeau français sur une forteresse qu’il y a là et, à cause de cela, on a donné à tout le régiment le droit de porter la fourragère. Victor m’a expliqué que c’est un cordon vert et rouge avec des aiguillettes d’or au bout qu’ils portent sur l’épaule… Et je me demandais si Victor aurait le droit de la porter, lui qui n’y était pas. Il est vrai qu’aussi, il aurait pu y être, et qu’il ne serait pas arrivé le dernier !
Rose se rengorgeait d’orgueil ; elle prit sa fille pour l’allaiter.
Une question brûlait les lèvres de Diane. Elle ne pouvait se décider à parler.
— Seulement, continua Rose, il en est resté sur le terrain ! Ah ! mademoiselle, c’est le cas de dire qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs !… Il dit qu’il n’en est revenu pour ainsi dire pas !… surtout les officiers.
— Quelques-uns, pourtant ?
— Oui, plus ou moins abîmés. Il n’y a que le lieutenant de Louvigny, un ancien de mon mari, qui n’a rien eu ; mais, lui… ses soldats disent qu’il est « verni ». Ils l’aiment bien.
Celui qu’ils aiment le mieux c’est un Breton.