Connaissant sa fille pour ce qu’elle était, si absolue dans ses sentiments, si ferme dans ses volontés, la marquise se demandait si elle n’eût pas mieux fait d’aider de tout son pouvoir à la réalisation de ce mariage, y consentir du moins de bon cœur, au lieu de se réjouir secrètement de la défection du jeune homme.
C’était trop tard !
Les tourments qui dévoraient Diane avaient encore d’autres causes que son amour déçu.
Bien qu’elle eût pris la résolution d’éviter tout ce qui pouvait la ramener au souvenir d’Hervé, elle suivait avec un tremblement les communiqués de la guerre se rapportant à l’offensive de Champagne.
Elle lisait chaque matin la liste des tués ou disparus, tremblant d’y voir le nom du lieutenant de Kéravan. Elle savait que son régiment prenait part à l’attaque déclenchée entre Soissons et Reims.
Les mots des communiqués relatifs à cette partie du front étaient les seuls qu’elle voyait. « Le Chemin des Dames, le mont Cornillet, Moronvilliers », ces noms se détachaient sur les autres en lettres capitales, et le cœur de la jeune fille battait à soubresauts violents, tandis qu’elle songeait : « Il était ici, il a marché à l’assaut en avant de ses hommes, il a dû traverser ces tirs de barrage meurtriers, c’est lui qui a pris cette tranchée, qui a poursuivi l’ennemi en déroute, sous un déluge de balles, dans des flots de sang… Hervé ! » Son amour s’exaltait à ces visions.
Et le pire était encore de ne rien savoir.
Sans être ni épouse, ni mère, ni fiancée, elle vivait la vie angoissée de celles qui attendaient en tremblant, dont l’espoir vacillant était à la merci d’une lettre… d’une nouvelle.
Un matin, qu’auprès de Rose convalescente, non loin du chalet, Diane causait avec la jeune femme assise sous le gros chêne, Rose tenait son enfant sur ses genoux et surveillait de loin son mari occupé devant le chalet. Celui-ci, grimpé à une échelle — par quel miracle d’équilibre ? — debout sur un seul pied, taillait les clématites et le rosier de la façade.
Rose dit à mi-voix :