Même cet humble bonheur ne serait point à sa portée ! Elle haïssait sa fortune qui, d’une façon comme de l’autre, la privait du seul bien dont son cœur souffrait le besoin.

« Je ne me marierai pas, se dit-elle. Je me consacrerai aux œuvres, à mon hôpital, aux enfants abandonnés… Puisque ma fortune m’empêche d’être heureuse, je leur donnerai tout…, tout ! »

Elle monta comme à l’ordinaire dans la salle vaste et claire où les malades la regardaient passer dans un silence respectueux ainsi qu’une lumineuse apparition.

Après son passage, ce jour-là, ils firent entre eux la réflexion que mademoiselle avait l’air moins triste. Elle les avait regardés avec une expression très douce, toute nouvelle, et cela les consola un peu de ne pas voir apparaître la frimousse de Rose, qui chassait toujours la mélancolie, et de ne plus entendre sa voix fausse qui égrenait, dans les escaliers et les couloirs, le refrain du Temps des cerises.

Mlle de Trivières se donna chaque jour davantage à sa tâche charitable.

Elle voulait contraindre son mal à céder, à se fondre dans la douceur de se donner, de n’être plus que la sœur compatissante des êtres souffrants, des mutilés de la gloire.

Elle y réussissait à de certaines heures. Mais à d’autres, quand la solitude la rendait à la vie intérieure, elle retrouvait sa peine aussi cuisante, son fardeau aussi lourd ; et elle se demandait avec effroi si elle devrait vivre ainsi des années dans l’amertume de stériles regrets.

Dans cette lutte secrète où l’âme de la jeune fille s’anoblissait en se purifiant, son corps perdait de ses forces. Le sommeil fiévreux, l’appétit languissant, Diane changeait de jour en jour d’une manière très sensible.

La marquise de Trivières, dont la tendresse maternelle avait été mise en éveil, remarquait ce changement et s’en désolait.

L’expression résignée du beau visage, les cernes bleus qu’elle remarquait sous les grands yeux tristes remplissaient la mère d’inquiétudes qu’elle voulait dissimuler.