— Allons ! mademoiselle Victoire, dit Rose, en tournant le bébé du côté de Diane, regardez votre marraine, votre belle marraine, vous pouvez en être fière ! Ça n’est pas comme… — elle jeta un coup d’œil du côté de Victor — comme certaines personnes qui ont des marraines à revendre, des marraines à la douzaine ; tu n’en auras qu’une, toi, ma jolie, mais une bonne et une belle !

A cet instant, le papa de la jeune Victoire fut pris d’une quinte de toux qui l’obligea d’aller prendre l’air sur le seuil de la porte.

Pendant qu’il se calmait, Diane dit d’un ton de reproche :

— Je croyais, Rose, que vous lui aviez pardonné. Pourquoi réveillez-vous les mauvais souvenirs ?

— Oh ! il faut qu’il se souvienne, mademoiselle. J’ai pardonné, oui, c’est vrai. Mais, quand on a été trompée une fois, il n’y a plus la même confiance !… Non, non, il faut qu’il se souvienne.

— Ne vous agitez pas. Je vais dire à votre mari de rentrer et je me dépêche d’aller à l’hôpital. Vous recevrez, ce soir ou demain, un petit cadeau pour ma filleule.

Victor entrait à ce moment, osant à peine regarder du côté du lit, mais Rose eut un geste vers lui, avec un sourire si doux qu’il s’avança sans nul égard pour le tac-tac de sa jambe de bois.

Avant de sortir, Mlle de Trivières eut le temps de le voir mettre un baiser maladroit entre les boucles folles, un baiser timide qui sollicitait un pardon que le sourire de Rose avait accordé d’avance.

Et Diane tira la porte avec un soupir sur ce joli bonheur qui était à moitié son œuvre.

Elle prit lentement l’allée des sapins. Une buée obscurcissait ses yeux.