Au physique : grand, assez distingué, bien que trop gros, de beaux yeux bleus, toujours gais… Au moral, doux, aimable et causeur.

Le portrait n’avait rien du classique héros de roman fatal ou chevaleresque, mais, somme toute, il pouvait faire un mari présentable. « Tout à fait mon vieux bon ami, en plus jeune… Ah ! s’il pouvait m’aimer vraiment, celui-là ; m’aimer pour moi !… Comme je serais prête à le lui rendre… Lui ou un autre, quel qu’il soit ! »

La petite toux sèche qui l’agaçait ramena encore son attention vers le cabinet.

Diane jeta un regard sur l’ouvrière et pensa :

« En voici une qui peut être certaine de ne pas être aimée pour son argent ! »

Puis une idée bizarre lui vint tout à coup, elle eut un sourire, un haussement d’épaules, comme pour repousser une chose impossible, et, enfin, se décidant :

« Pourquoi pas ? Je puis essayer. Ma mère et mon tuteur ont voulu me prendre au piège, ce serait me venger d’une façon amusante et si cela réussit… Je serai bien sûre, cette fois, d’être aimée pour moi-même ! »

Diane de Trivières posa sa plume ; elle se pencha de nouveau pour mieux examiner la lingère qui continuait à coudre sans s’apercevoir qu’elle était l’objet de cette observation.

Diane pensa encore :

« Pourquoi refuserait-elle ?… Avec de l’argent on obtient tout ce que l’on veut de ces gens-là. Allons, je me décide ! Je ne vais plus m’ennuyer… ce sera très amusant ! »