La méfiance, l’habitude de douter des sentiments les plus vrais s’était peu à peu insinuée en elle, altérant les plus généreux mouvements de son cœur.

« Tous, se dit-elle, oui, tous ont soupiré pour ma dot. On ne m’a jamais aimée… L’on ne m’aimera jamais. »

Une petite toux sèche, venant de la pièce voisine, interrompit ses réflexions.

Diane se pencha en arrière pour regarder dans le cabinet de toilette dont la porte — une sorte de baie — était large ouverte. Cependant, il lui semblait que Marie était sortie, son service terminé. Ce n’était qu’une petite ouvrière, la lingère qui avait apporté le peignoir et cousait près de la fenêtre sans lever les yeux.

Diane ne l’avait jamais vue : elle la regarda un instant.

C’était une assez gentille fille, bien que d’une figure commune, avec ce teint pâle, déjà fané des ouvrières parisiennes qui ont travaillé trop jeunes.

Celle-ci était de taille plutôt petite, mais bien prise dans sa robe simple en grisaille que recouvrait, devant, le petit tablier luisant de lustrine noire.

Elle pouvait avoir vingt ans, avec un air modeste, effacé. Les yeux baissés, elle cousait vite, sans arrêt, même quand sa petite toux sèche la secouait et mettait une nuance rosée à ses pommettes.

« Cette fille a l’air poitrinaire, pensa Mlle de Trivières ; je dirai à ma mère de la renvoyer, cela peut devenir malsain… »

Diane reprit sa plume, et sa pensée se reporta sur celui à qui elle avait promis d’écrire et dont elle se souvenait très vaguement.