— Ah ! non, merci ! avait répondu Diane, gardons chacune notre lot. J’aime encore mieux le pauvre orphelin sans famille… J’écrirai.

— C’est bien entendu. J’informerai ton tuteur qu’il peut compter sur toi ?

— Oui, maman… Mais, grand Dieu ! quelle idée a eue bon ami de m’infliger cette corvée !

Elle se répétait à ce moment même, devant une feuille de papier blanc :

« Quelle corvée ! »

Et voici qu’au moment d’écrire, un souvenir la fit arrêter net, la plume en l’air.

C’était, la veille, son entrée au salon, sa mère et son tuteur chuchotant à voix basse, la regardant d’un certain air, échangeant ensuite un regard d’intelligence.

Diane avait surpris tout cela : ce n’avait été qu’une impression, mais elle la reliait dans son esprit avec le ton dégagé qu’avait eu la marquise en lui parlant du neveu du général. Elle flairait un mystère. « Pourquoi, réfléchit-elle, bon ami ne m’a-t-il pas demandé lui-même d’écrire à son neveu ?… Il ne se gêne pas avec moi… et ma mère m’avertit de cela comme d’une chose convenue à l’avance… Ce n’est pas naturel !… Encore un prétendant ! Ce sera le numéro dix-neuf… Cette histoire de correspondance n’est qu’une invention de mon tuteur pour nous faire refaire connaissance… Bah ! A quoi cela m’engage-t-il ? Je lui prédis autant de succès qu’aux dix-huit autres. Lui aussi, sans doute, connaît le chiffre de ma dot !

Mlle de Trivières eut un sourire désabusé bien étrange sur une bouche de vingt ans.

Cette triste certitude de ne jamais être recherchée pour elle-même la rendait d’avance insensible et glacée.