— Un service !… A moi, mademoiselle ?

— Oui, c’est même un service assez délicat qu’il ne me conviendrait point de demander à tout le monde. On m’a dit que vous étiez discrète et honnête… Je crois que je puis avoir confiance.

Cet exorde était si solennel, que Rose cessa de coudre, et les frisettes, frappées d’immobilité, parurent écouter avec attention.

Mlle de Trivières reprit :

— Voici ce que c’est. J’ai un ami d’enfance, un très ancien ami qui est au front. Je voudrais lui écrire sans qu’il sût que cela vienne de moi. Il faudrait que je puisse signer mes lettres d’un autre nom et lui donner une autre adresse que celle-ci, afin qu’il puisse m’y répondre…

Jusque-là, Mlle de Trivières avait parlé les yeux fixés devant elle, dans le vide ; elle tourna la tête du côté de l’ouvrière et comprit, à son regard vite abaissé, la pensée secrète de Rose.

Diane rougit légèrement et se hâta d’ajouter :

— Ma mère est au courant de cette correspondance ; c’est même sur son avis que je l’entreprendrai ; mais c’est une idée à moi d’intriguer ce jeune homme, en lui laissant ignorer le nom et la qualité de sa correspondante.

— Je comprends, dit Rose épanouie ; c’est une idée comme ça qu’a mademoiselle pour s’amuser. Une supposition que ce serait le 1er avril et que mademoiselle voudrait faire une farce ! Oh ! c’est une bonne idée. Je crois bien que mademoiselle peut se servir de mon adresse tant qu’elle voudra !… Et je lui rapporterai la réponse… Comme je reçois déjà des lettres de militaires dans ma maison, on n’y trouvera rien à redire… Mais pourvu que Victor ne l’apprenne pas !

C’était vrai. Diane n’avait pas songé à cela. L’idée ne lui était même pas venue que cette fille pût tenir à sa réputation.