Rose, d’un mouvement indigné, repoussa sa chaise et se leva.

— Oh ! Mademoiselle !… Mademoiselle avait pensé que ça pourrait être pour de l’argent ? Ah ! non ! par exemple, non ! Rose Perrin ne prend que l’argent qu’elle a gagné avec ses doigts.

Elle hochait la tête… toutes les bouclettes se soulevaient dans un mouvement de réprobation… et ses yeux gris devenaient presque noirs.

Mlle de Trivières avait eu si souvent sous les yeux le spectacle d’indignations semblables, qui se terminaient par une main tendue, qu’elle crut devoir insister :

— Allons, Rose, ne faites pas de façons ! Ce sera un petit appoint pour monter votre ménage.

Mais Rose, la gorge serrée, les larmes aux yeux :

— Merci bien de l’intention, mademoiselle. Oui, je sais qu’une pauvre fille ne devrait pas être si fière. Mais… si j’acceptais de l’argent que je n’ai pas mérité, je ne serais plus digne d’être la femme de mon poilu, et je croirais me manquer à moi-même… Que mademoiselle excuse ce que je dis… il ne me serait pas possible de faire autrement… Victor ne m’aimerait plus !

L’accent dont l’ouvrière prononça ces derniers mots était si pathétique, si sincère, que Mlle de Trivières ne sourit pas ; elle mit au fond de sa poche le billet bleu et dit doucement :

— Oubliez cet incident, Rose, nous n’en parlerons plus ! Mais je veux quand même faire quelque chose pour vous, ne serait-ce que par simple… intérêt (elle avait hésité à dire charité…). Je vous trouve en mauvais état ; vous toussez et vous ne vous soignez pas. Vous devez vous soigner.

— Oh ! un simple rhume, mademoiselle ; ça n’en vaut pas la peine !