— Si cela t’ennuie, tu n’es pas obligé de lire ce que j’écris.
— Non, mais quand je pense aux fadeurs qui s’écrivent sous mon nom ! Tiens, je vais faire un tour, je ne m’en mêle plus !
— Mais, grand Dieu, je ne te demande que cela !
« Monsieur Victor Plisson, fantassin,
« Secteur 322.
« Mon cher Totor,
« Tu n’imagines pas comme j’ai attendu ta carte avec ton petit mot toujours pareil : « Ça va bien, on les aura ! Totor. » Deux jours de retard ! J’étais folle ! Heureusement que Mlle Lancelot — tu sais, l’ancienne institutrice qui demeure sur mon palier ? — m’a remonté le moral en me disant que c’était la faute de la poste.
« Enfin, je l’ai et je l’ai mise avec les autres sur mon cœur.
« Quelle bonne idée j’ai eue, mon Totor, d’acheter ces cartes pour te les envoyer et que tu me les renvoies !… et quelle chance d’avoir juste trouvé les endroits où nous nous sommes tant promenés le dimanche : Nogent, le bois de Vincennes, Clamart… Figure-toi que j’ai fini par trouver la rue Lepic, juste à l’endroit où on jouait tous les deux quand on était petits, sur le trottoir, devant la loge de tes parents, là où, quand ta mère était en colère, tu te laissais donner des claques à ma place, quand nous avions fait une sottise ?
« Dire qu’on s’est aimés si petits, nous deux, et que ça finira par un mariage, comme dans les romans !