« Les vacances de Pâques vont commencer. Je n’en suis point fâchée pour Jacques, que ses études fatiguent.

« Vous savez que nous allons chaque année faire un petit voyage à cette époque.

« Hier, j’émettais l’idée d’aller en Suisse, puisque c’est l’un des rares pays neutres où nous pouvons mettre le pied. Diane s’est arrachée à une lecture qui la captive : le Récit d’une sœur, livre d’une tristesse noire dont je n’ai pu lire dix pages sans pleurer, et elle m’a annoncé son intention de rester à Paris jusqu’à notre grand départ pour Vauclair, sous prétexte que Paris est charmant à cette époque, le Bois délicieux, surtout depuis qu’on n’y rencontre personne… que c’est le moment ou jamais d’en profiter, etc.

« A-t-elle peur que ses précieuses lettres ne soient égarées en route ?

« Bref, Jacques m’a priée aussi de le laisser à Paris : il désire prendre pendant ses vacances quelques répétitions de mathématiques.

« J’ai cédé ; comme toujours je me sacrifierai et je partirai seule pour Montreux, puisque ces méchants enfants ne veulent point m’accompagner. Ma santé exige absolument un changement d’air à cette époque.

« Voici, cher ami, une bien longue lettre en réponse à votre petit mot. Aurez-vous seulement le temps de me lire ?

« Ne vous fatiguez pas trop, n’abusez pas de vos forces et n’oubliez point votre régime !

« Vous savez combien votre santé nous est précieuse et, en dépit de nos petites escarmouches, j’espère que vous ne doutez point de ma sincère affection.

« Hermine de Trivières. »