La nouveauté de leur tête-à-tête, depuis le départ en Suisse de leur mère, les rapprocha et leur permit de se connaître mieux.

Bien que ressemblant beaucoup à la marquise, Jacques de Trivières avait plus d’un point de ressemblance avec sa sœur ; il tenait de son père une nature sérieuse, un esprit ferme et droit, une intelligence mûrie par les événements. Persuadé jusque-là que Diane, qu’il jugeait coquette et frivole, était incapable d’apprécier une conversation autre que celles qui avaient trait à ses plaisirs futiles, il n’avait jamais eu l’idée d’aborder avec elle un de ces sujets profonds qui, traités avec une entière liberté de pensée, font que deux personnes se pénètrent parfois davantage en une heure qu’elles ne l’ont fait durant des années.

Ce fut ce qui arriva ce jour-là au déjeuner. Au dessert, après une longue causerie, Diane pria Jacques de l’accompagner dans ses promenades, l’absence de Pascal la laissant sans escorte, et cette question lui rappelant la scène qui s’était passée la veille elle la raconta sans en rien omettre.

— Je n’admets pas qu’on se permette de parler à une femme de la sorte, acheva-t-elle.

— Avoue que c’était bien ta faute, Diane ? Je suis sûr que ce monsieur n’a pas eu un seul instant la pensée qu’il pouvait être indiscret en acceptant, pour son cheval, une place dans nos écuries. En somme, c’est une histoire plutôt ennuyeuse… Il s’agissait d’un officier… Refuser en ce moment un léger service, c’est se faire mal juger sans motif.

— Nous nous soucions peu de l’opinion de ces gens.

— Pourtant, fit le jeune homme, en souriant, il faut que l’opinion de cet officier que tu ne connais pas ne te soit pas si indifférente, tu en parles avec une rancune…

— Il a voulu me donner une leçon… Il s’est moqué de moi !… C’est intolérable !…

— Oh ! tu exagères… Sais-tu ce que je pense que nous lui devons, à ce monsieur ?

— Des excuses, peut-être ?