Il marmotta des oraisons tant que dura la nuit, sans décroiser un moment ses bras de son camail de soie violette, sans obliquer un regard vers moi, sa postérité, qui étais couché dans son lit, son poudreux lit à baldaquin!

Et je remarquai avec effroi que ses yeux étaient vides, bien qu'il parût lire,—que ses lèvres étaient immobiles, bien que je l'entendisse prier,—que ses doigts étaient décharnés, bien qu'il scintillassent de pierreries!

Et je me demandais si je veillais ou si je dormais,—si c'étaient les pâleurs de la lune ou de Lucifer,—si c'était minuit ou le point du jour!

IX

ONDINE.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je croyais entendre
Une vague harmonie enchanter mon sommeil,
Et près de moi s'épandre un murmure pareil
Aux chants entrecoupés d'une voix triste
et tendre.
CH. BRUGNOT.—Les deux Génies.

—«Écoute!—Écoute!—C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.

«Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.

«Écoute!—Écoute!—Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne.»