En disant jolie journée, Raoul ne croyait pas si bien dire, car pour une jolie journée, ce fut une jolie journée.

On arriva à Saint-Cloud sans encombre, mais avec un appétit! Un appétit d'artilleur qui rêve que ses obus sont en mortadelle!

Très en fonds ce jour-là, Raoul offrit à ses hommes un plantureux déjeuner à la Caboche verte. Tout en fumant un bon cigare, on prit un bon café et un bon pousse-café, suivi lui-même de quelques autres bons pousse-café, et on était très rouge quand on songea à se faire livrer la pièce en question.

—Ne nous mettons pas en retard, remarqua Raoul.

Je crois avoir observé plus haut qu'il faisait une jolie journée; or une jolie journée ne va pas sans un peu de chaleur, et la chaleur est bien connue pour donner soif à la troupe en général, et particulièrement à l'artillerie, qui est une arme d'élite.

Heureusement, la Providence, qui veille à tout, a saupoudré les bords de la Seine d'un nombre appréciable de joyeux mastroquets, humecteurs jamais las des gosiers desséchés.

Raoul et ses hommes absorbèrent des flots de ce petit argenteuil qui vous évoque bien mieux l'idée du saphir que du rubis, et qui vous entre dans l'estomac comme un tire-bouchon.

On arrivait aux fortifications.

—Pas de blagues, maintenant! commande Montcocasse plein de dignité, nous voilà en ville.

Et les artilleurs, subitement envahis par le sentiment du devoir, s'appliquèrent à prendre des attitudes décoratives, en rapport avec la mission qu'ils accomplissaient.