Le canon lui-même, une bonne pièce de Bange de 90, sembla redoubler de gravité.

À la hauteur du pont Royal, Raoul se souvint qu'il avait tout près, dans le faubourg Saint-germain, une brave tante qu'il avait désolée par ses jeunes débordements.

—C'est le moment, se dit-il, de lui montrer que je suis arrivé à quelque chose.

Au grand galop, avec l'épouvantable tumulte de bronze sur les pavés de la rue de l'Université, on arriva devant le vieil hôtel de la douairière de Montcocasse.

Tout le monde était aux fenêtres, la douairière comme les autres.

Raoul fit caracoler son cheval, mit le sabre au clair, et, saisissant son képi comme il eût fait de quelque feutre empanaché, il salua sa tante ahurie—tels les preux, sans ancêtres—et disparut, lui, ses hommes et son canon, comme en rêve.

La petite troupe, toujours au galop, enfila la rue de Vaugirard, et l'on se trouva bientôt à l'Odéon.

Justement, il y avait un encombrement. Un omnibus Panthéon—Place
Courcelles jonchait le sol, un essieu brisé.

Toutes les petites femmes de la Brasserie Médicis étaient sur la porte, ravies de l'accident.

Raoul, qui avait été l'un de leurs meilleurs clients, fut reconnu tout de suite: