(Le bruit d'un coup de pied dans le derrière retentit.)

ALLUMONS LA BACCHANTE

Le riche amateur contempla longuement le tableau.

C'était un beau tableau fraîchement peint, qui représentait une bacchante nue à demi-renversée.

On reconnaissait que c'était une bacchante à la grappe de raisin qu'elle mordillait à belles dents. Et puis des pampres s'enroulaient dans ses cheveux, comme dans les cheveux de toute bacchante qui se respecte ou même qui ne se respecte pas.

Le riche amateur était content, mais content sans l'être.

Anxieux, le jeune peintre attendait la décision du riche amateur.

—Mon Dieu, oui, disait ce dernier, c'est très bien … C'est même pas mal du tout… La tête est jolie… la poitrine aussi … C'est bien peint… La grappe de raisin me fait venir l'eau à la bouche, mais… votre bacchante n'a pas l'air assez… comment dirais-je donc?… assez bacchante.

—Vous auriez voulu une femme saoule, quoi! repartit timidement l'artiste.

—Saoule, non pas! mais… comment dirais-je donc?… allumée.