Malgré ses faibles dimensions, la môme Zéro-Virgule-Cinq était douée d'appétits cléopâtreux, et le pauvre Laflemme dut la céder un beau soir, pour dix sous, à un Russe ivre-mort.
L'hiver approchait.
Laflemme, assez frileux de sa nature, et dégoûté de patauger dans la boue frigide de Paris alors qu'il fait si beau soleil dans le Midi, résolut d'aller passer l'hiver à Nice.
Il fit ses malles, lesquelles consistaient en une valise surannée, enleva la petite aiguille d'une vieille montre en nickel qu'il avait, mit la grande aiguille sur 6 heures et prit le train de Nice.
Encore peu de monde à Nice: la saison commençait à peine.
Laflemme s'installa dans un hôtel confortable, et, dès le premier dîner qu'il fit à la table d'hôte, intéressa vivement les voyageurs.
La conversation était tombée, comme il arrive à toutes les tables d'hôte de Nice, chaque jour que Dieu fait, sur le fameux tremblement de terre de 1886.
(À Nice, on ne connaît que quatre sujets de conversation: la roulette de
Monte-Carlo, le tremblement de terre de 86, les gens de marque arrivant
ou partant, et la joie généreuse qu'on éprouve à avoir chaud quand les
Parisiens grelottent.)
—Le tremblement de terre! dit Laflemme d'une voix douce, mais bien articulée. Les gens qui en seront victimes désormais, c'est qu'ils le voudront bien.
On dressa l'oreille d'un air interrogateur.