La dernière fois que j'avais rencontré Boisflambard, c'était un matin, de très bonne heure (je ne me souviens plus quelle mouche m'avait piqué de me lever si tôt), au coin du boulevard Saint-michel et de la rue Racine.
Mon pauvre Boisflambard, quantum mutatus!
À cette époque-là, le jeune Boisflambard résumait toutes les élégances du Quartier latin.
Joli garçon, bien tourné, Maurice Boisflambard s'appliquait à être l'homme le mieux « mis » de toute la rive gauche.
Le vernis de ses bottines ne trouvait de concurrence sérieuse que dans le luisant de ses chapeaux, et si on ne se lassait pas d'admirer ses cravates, on avait, depuis longtemps, renoncé à en savoir le nombre.
De même pour ses gilets.
Que faisait Boisflambard au Quartier latin? Voilà ce que personne n'aurait pu dire exactement. Étudiant? En quoi aurait-il été étudiant et à quel moment de la journée aurait-il étudié? Quels cours, quelles cliniques aurait-il suivis?
Car Boisflambard ne fréquentait, dans la journée, que les brasseries de dames; le soir, que le bal Bullier ou un petit concert énormément tumultueux, disparu depuis, qui s'appelait le Chalet.
Mais que nous importait la fonction sociale de Boisflambard? N'était-il pas le meilleur garçon du monde, charmant, obligeant, sympathique à tous?
Pauvre Boisflambard!