D'abord une sincère et amicale compassion pour son malheur, et puis un légitime étonnement pour le brusque effet physique de cette catastrophe sur des objets inanimés, tels que des souliers ou une chemise.

Qu'un homme soit foudroyé par une calamité, que ses cheveux blanchissent en une nuit, je l'admets volontiers; mais que cette même calamité transforme, dans la semaine, une paire d'élégantes bottines en souliers de roulier, voilà ce qui passait mon entendement.

Pourtant, à la longue, une réflexion me vint, qui me mit quelque tranquillité dans l'esprit: peut-être Boisflambard avait-il vendu sa somptueuse garde-robe pour la remplacer par des hardes plus modestes?

Quelques années après cette aventure, il m'arriva un malheur dans une petite ville de province.

Grimpé sur l'impériale d'une diligence, je ne voulus pas attendre, pour en descendre, qu'on appliquât l'échelle. Je sautai sur le sol et me foulai le pied.

On me porta dans une chambre de l'hôtel et, en attendant le médecin, on m'entoura le pied d'une quantité prodigieuse de compresses, à croire que tout le linge de maison servait à mon pansement.

—Ah! voilà le docteur! s'écria une bonne.

Je levai les yeux, et ne pus réprimer un cri de joyeuse surprise.

Celui qu'on appelait le docteur, c'était mon ancien camarade
Boisflambard.

Un Boisflambard un peu engraissé, mais élégant tout de même et superbe comme en ses meilleurs temps du Quartier latin.