—Oui… Tiens, tu peux le voir d'ici, dans le chœur, à droite.
Vincent regarda dans la direction indiquée: l'embrasseur, c'était son bonhomme.
Avec beaucoup d'obligeance, et sur le glissement discret d'une pièce de quarante sous, le suisse paracheva ses renseignements.
L'embrasseur était un maniaque, relativement inoffensif, dont le faible consistait à embrasser le plus possible de jeunes mariées en blanc. Muni d'un aplomb imperturbable, l'embrasseur s'introduisait dans la sacristie. Les parents du marié se disaient: « Ce doit être un ami de la famille de la petite. » La famille de la petite se tenait un raisonnement parallèle. L'embrasseur serrait la main du jeune homme, embrassait la petite, et le tour était joué.
Desflemmes se divertit fort de cette étrange manie, mais se jura bien, au cas où il se marierait, de ne pas laisser effleurer les joues virginales de l'adorée par un aussi déplaisant museau.
À quelques jours de là, Vincent tomba éperdument amoureux d'une jeune fille de Fontenay-aux-Roses. Bien que la dot fût dérisoire, il n'hésita pas à obtenir la main de la personne. D'ailleurs, il y avait des espérances, un oncle fort riche, entre autres, ancien avocat, nommé N. Hervé (de Jumièges).
—Tous mes compliments! fis-je à Desflemmes, qui m'annonçait la grave nouvelle. Et la petite… gentille?
—Tu ne peux pas t'en faire une idée, mon vieux! Ah! oui, qu'elle est gentille! Et drôle donc! Imagine-toi un front et des yeux à la façon des vierges de Botticelli, un petit nez spirituel, bon garçon, rigolo. Madone et ouistiti mêlés! Et avec ça, sur la joue, là, près du menton, un grain de beauté d'où émergent quelques poils fins, longs, frisés et qui lui donne une apparence de Simily-Meyer tout à fait amusante. Bref, à sa vue, mon cœur, vieille poudrière éventée, a sauté comme une jeune cartouche de dynamite.
Le grand jour arriva.
L'oncle à héritage, M. N. Hervé (de Jumièges) s'excusa par télégramme de ne pouvoir assister au mariage civil. Inutile de l'attendre, il se rendrait directement à l'église.