Le vaste hall ne désemplissait pas, et bientôt les organisateurs ne surent plus où fourrer les dollars de leurs recettes.

D'ailleurs la chose en valait la peine; la sculpture, surtout, intéressait les visiteurs au plus haut point.

Il y a longtemps qu'en matière de statues, les Américains ont déserté les errements surannés de la vieille Europe. Plus de ces groupes inanimés! Assez de ces marbres froids et insensibles! Foin de ces lions de bronze dévorant des autruches de même métal, sans que les autruches y perdent une seule de leurs plumes!

Les statuaires américains ont compris que, dans l'Art, la Vie seule intéresse, et qu'il n'y a pas de Vie sans Mouvement.

Aussi, à l'exposition de Pigtown, les statues, les groupes, même les bustes, tout était-il articulé. Les narines battaient, les seins haletaient, les bouches s'ouvraient, et, quand un groupe représentait un Boa dévorant un bœuf, on n'avait qu'à demeurer cinq minutes devant cette œuvre capitale, le bœuf se trouvait effectivement dévoré par le boa.

Le bœuf était en gutta-percha et le boa en celluloïd, dites-vous; ô poncifs vieux jeu! Qu'importe la substance, l'idée est tout!

Dans cet amoncellement d'art animé, deux œuvres surtout se disputaient l'engouement public.

La première, due au génie si inventif du grand animalier K.W. Merrycalf, représentait un Cochon taquiné par des mouches. Et l'on se demandait ce qu'il fallait admirer le plus, dans ce gracieux ensemble: le cochon? Les mouches?

Le cochon, un cochon en bronze, trente-six fois grandeur naturelle, se vautrait sur un fumier également trente-six fois nature. Une nuée de mouches, dans la même proportion, s'ébattaient, petites folles, autour du monstrueux groin.

Le cochon, comme tout bon cochon qui se respecte, était immobile, mais les mouches, mues par un petit appareil des plus ingénieux (patent), voletaient réellement, tourbillonnaient et ne touchaient la hure du porc que pour se charger d'électricité et repartir de plus belle.