C'était charmant.

Cette jolie pièce eût été certainement le clou de la National Exhibition, sans l'envoi d'un jeune sculpteur ignoré jusqu'à ce jour, et portant le nom de Julius Blagsmith.

Le groupe de Julius Blagsmith portait cette indication au livret: The death of the brave général George-Ern. Baker. L'intrépide officier était représenté au moment où, frappé d'une balle en plein cœur, il s'affaissa sur une mitrailleuse voisine.

À l'intérêt historique de cet épisode émouvant venait s'adjoindre l'attrait d'une ingénieuse application du phonographe.

Dans l'intérieur de George-Ern. Baker était adroitement placé un appareil, et, toutes les cinq minutes, le vaillant général, portant sa main au cœur, s'écriait (en américain, bien entendu): « Je meurs pour le principe! »

La mitrailleuse, surtout, recueillit les suffrages universels des artilleurs et armuriers américains. Pas une vis, pas un boulon, pas un rivet dont on put constater l'absence ou le mal placement. Une merveille.

C'était bien le cas de le dire: il ne lui manquait que la parole.

Dès les premiers jours de l'exposition, ce ne fut qu'un cri par les clans artistiques. Le diplôme d'honneur de la sculpture est pour le Cochon de Merrycalf, à moins qu'il ne soit pour le Baker de Blagsmith.

De leur côté, les deux artistes s'étaient pris, l'un pour l'autre, d'une vive hostilité. Ils se saluaient, se serraient la main, s'informaient de leur santé réciproque, mais on sentait que ces rapports courtois cachaient une glacialité polaire.

Le matin du jour où le jury devait proclamer les récompenses, Blagsmith invita poliment son confrère Merrycalf à lui consacrer quelques instants d'entretien. Il l'amena devant son groupe.