Elle s'appelait Lucienne.

Sans être une honnête femme, ce n'était pas non plus une cocotte. Elle appartenait à cette catégorie de petites dames que les bourgeois stigmatisent du nom de femmes entretenues.

Son monsieur, un gros homme d'une dignité extraordinaire, ne venait que rarement chez elle. Inspecteur dans une Compagnie d'assurances contre les champignons vénéneux, il voyageait souvent en province et laissait à Lucienne de fréquents loisirs.

Le seul inconvénient de cette liaison, c'est que le monsieur digne était terriblement jaloux et qu'il arrivait toujours à l'improviste chez sa dame, au moment où elle l'attendait le moins.

Sans éprouver pour moi une passion foudroyante, Lucienne m'aimait bien.

À cette époque-là, j'étais jeune encore et titulaire d'une joyeuse humeur que les tourmentes de la vie ont balayée comme un fétu de paille.

Lucienne aussi était très gaie.

Moi, j'en étais devenu follement amoureux, et depuis quelques jours je ne lui cachais plus ma flamme.

Elle riait beaucoup de mes déclarations, et me répétait: «Un de ces jours... un de ces jours!» Mais un de ces jours n'arrivait pas assez vite à mon gré.

Un soir, je lui offris timidement de l'emmener au théâtre. Mon ami Paul Lordon, alors secrétaire de la Porte Saint-Martin, m'avait donné deux fauteuils pour je ne sais plus quel drame.