[La bonne fille]

Ils habitaient tous les deux, elle et son père, une sorte de petite masure juchée tout en haut de la falaise. L'aspect de cette demeure n'éveillait aucune idée d'opulence, mais pourtant on devinait que ceux qui habitaient là n'étaient pas les premiers venus.

Nous sûmes bientôt par les gens du pays l'histoire approximative de ces deux personnes.

Le père, un gros vieux débraillé, à longs favoris mal entretenus, ancien médecin de marine, mangeait là sa maigre retraite en compagnie de sa fille, une fille qu'il avait eue quelque part dans les parages des pays chauds, au hasard de ses amours créoles.

Il faisait un peu de clientèle, pas beaucoup, car les paysans se défiaient d'un docteur qui restait dans une petite maison couverte de tuiles et tout enclématisée, comme une cabane de douanier.

Pour une fille naturelle, la fille était surnaturellement jolie, belle, et même très gentille.

Aussi, au premier bain qu'elle prit, quand on la vit sortir de l'eau, la splendeur de son torse, moulé dans la flanelle ruisselante; quand, la gorge renversée, elle dénoua la forêt noire de ses cheveux mouillés qui dégringolèrent jusque très bas, ce ne fut qu'un cri parmi les plagiaires[6]:

—Mâtin!... La belle fille!...

Quelques-uns murmurèrent seulement: «Mâtin!»

D'autres enfin ne dirent rien, mais ils n'en pincèrent pas moins pour la belle fille.