Mon couteau était de ceux qu'on appelle couteaux de Nontron, et qu'on fabrique à Châtellerault.
La lame de ces armes est droite et pointue. Le manche rond se rétrécit vers le bas pour être bien en main, et une large virole mobile empêche que la lame ne se referme.
À un moment, la vieille me tourne le dos. Je lui plantai le coup, très fort et très droit, à une place que je sais. Pendant qu'elle s'affaissait sur les genoux en une posture désespérée, je lui maintenais le couteau dans la plaie, et la large virole empêchait le sang de couler.
Quand elle eut poussé son dernier hou rauque, quand l'hémorragie interne eut achevé de l'étouffer, je pris dans un tiroir de son armoire ses pièces d'or et quelques valeurs, et, refermant la porte sur moi, je m'en allai....
Toute cette scène n'avait pas duré dix minutes, et pas de bruit, pas de sang répandu.
Certes, pour de l'ouvrage bien faite, comme a dit le poète Sarcey, c'était de l'ouvrage bien faite[10].
Je me dirigeai vers la maison de ma maîtresse, une jeune femme qui s'appelle Nini et que mes amis ont surnommée Nini Novgorod, depuis que c'est moi son amant.
Un couple de sergents de ville arrivait lentement dans ma direction.
Je ne sais pas, mais leur air tranquille me fit passer à fleur de peau un frisson glacé. Ils me semblaient trop tranquilles.
Alors, effrontément, je plantai dans leurs yeux mon regard hardi, et tous les deux, comme mus par un mouvement machinal portèrent, en passant près de moi, la main à la visière de leur képi.