Au-dessus de son manoir, et bien en vue, le pré du père Fabrice s'étalait au soleil comme un immense drapeau vert, un drapeau sur lequel on aurait tracé une inscription jaune, et cette inscription portait ces mots effroyablement lisibles:
MONSIEUR LE BARON LAGOURDE EST COCU!
Le miracle était bien simple: cette vieille fripouille de père Fabrice avait semé dans son pré ces petites fleurettes jaunes qu'on appelle boutons-d'or en les disposant selon un arrangement graphique qui leur donnait cette outrageante et précise signification: le père Fabrice avait fait de l'Anthographie sur une vaste échelle.
Le baron Lagourde restait là dans le canot, hébété de stupeur et de honte devant la terrible phrase qui s'enlevait gaîment en jaune clair sur le vert sombre du pré.
—Monsieur le baron Lagourde est cocu! Monsieur le baron Lagourde est cocu! répétait-il complètement abruti.
Les rires des hommes qui l'accompagnaient le firent revenir à la réalité.
—Ramenez-moi à terre! commanda-t-il du ton le plus féodal qu'il put trouver.
Il alla tout droit chez le maire.
—Monsieur le maire, dit-il, je suis insulté de la plus grave façon sur le territoire de votre commune. C'est votre devoir de me faire respecter, et j'espère que vous n'y faillirez point.
—Insulté, monsieur le baron! Et comment?