Il y a de cela trois ans. J'arrivais du Sénégal avec un congé de six mois de convalescence et bien disposé à en profiter largement.

Un petit héritage que je venais d'accomplir me permettait de bien faire les choses. Je louai, rue Brémontier, un rez-de-chaussée que je meublai fort gentiment, ma foi, et me voilà parti pour la vie joyeuse.

Un soir, au Jardin-de-Paris, je fis connaissance d'une jeune femme qui me plut énormément. Pas étonnamment jolie, mais d'une distinction et d'un charme! Très réservée, avec cela, et ne ressemblant nullement à toutes ces marchandes d'amour qui peuplaient l'endroit.

Elle me raconta une histoire à dormir debout, dans laquelle je coupai, d'ailleurs, comme un rasoir.

Fille d'un général, élevée à Saint-Denis, père remarié, belle-mère acariâtre, scènes continuelles, existence impossible, fuite, malheurs, envies de suicide.

Le tout accompagné de larmes furtives qu'elle essuyait fréquemment avec un mouchoir sentant très bon.

Ce qui suivit, vous le devinez tous, n'est-ce pas? J'emmenai la jeune personne chez moi, l'installai, la lotis d'un amour de petite femme de chambre.

Bref, je fus bon avec elle, comme s'il en pleuvait, et discret, et bien élevé. Tout à fait charmant, vous dis-je.

Je la laissais seule presque toute la journée, ne venant la quérir que le soir, vers six heures, pour dîner, aller au théâtre, au concert.

Elle semblait s'être prise pour moi d'une ardente passion et me répétait souvent: