Arrivé un peu en retard, je trouvai le train à peu près bondé. Comme mon trajet était un peu long, mon nez devint plus long encore, à l'idée de plus un bon coin de reste.
Mon attention fut vite attirée par deux jeunes enfants, un garçon et une fille, menant grand tapage de trompettes à la portière d'un wagon.
Derrière eux, debout, une femme dépoitraillée plus que de raison allaitait un nouveau-né qui piaillait comme un jeune démon.
Un monsieur—le père, évidemment, et le mari—se tenait dans le fond, fumant sa pipe à rendre la locomotive jalouse.
Mon parti fut vite pris, tant m'avait charmé ce joli tableau de famille. Je pénétrai.
Dire que je fus reçu par un sourire unanime serait une évidente exagération. Au contraire, mon arrivée détermina sur toutes ces faces un hideux rictus de mécontentement.
Un coup de sifflet et nous voilà partis.
Alors, changement à vue.
La père remet sa pipe dans son étui.
La maman remmaillote le gosse, le pose soigneusement dans le filet aux bagages et remet un peu d'ordre dans l'économie de son corsage.