La clientèle de cet établissement se recrutait principalement dans le monde des cirques et des music-halls de l'univers entier.
J'y rencontrai des hommes-serpents de Chicago, des ténors de Toulouse, des clowns de Dublin et même une charmeuse de serpents de Chatou.
J'adorais la patronne; c'était d'ailleurs une exquise patronne, blonde, un peu trop forte, plus très jeune, mais encore très fraîche, avec des yeux qui ne demandaient qu'à rigoler.
J'aimais beaucoup moins le patron, et, pour mieux dire, je l'abhorrais.
J'étais en cela de l'avis d'Arfled.
Arfled? qui ça, Arfled? Comment, vous ne connaissez pas Arfled?
Anglais, très joli garçon, souple et fort, distinction exquise, possession incomplète de la langue française, mais qu'importe quand on a la mimique pour soi?
Situation sociale: clown au cirque Fernando.
—Arfled, lui dis-je un jour, quel drôle de nom vous avez!
Et il me raconta que, dans l'origine, il s'appelait Alfred, mais qu'un jour, ayant découpé dans une étoffe les lettres qui composent ce nom pour les appliquer sur un costume, la femme chargée de cet ouvrage se trompa dans la disposition et les cousit ainsi: Arfled.