Mais quand on me place en plein Ouest, me voilà contraint de regarder derrière moi, comme si mes voisins me dégoûtaient!

Ah! c'est une virile attitude que d'avoir les yeux tournés vers l'Est, mais c'est bien gênant, des fois!

Enfin, et pour que vous n'ayez aucun doute à mon égard, j'ajouterai que, selon la prescription du grand Patriote, je n'EN parle jamais, mais j'Y pense toujours.

Cela posé, entrons dans le vif de la question.

Vous devez bien comprendre, mon cher Paul, qu'avec le caractère ci-dessus décrit, j'ai la plus vive impatience de voir Français et Allemands se tuer, s'étriper, s'égueuler comme il sied à la dignité nationale de deux grands peuples voisins.

Il n'y a qu'une chose qui m'embête dans la guerre, c'est sa cherté vraiment incroyable.

On n'a pas idée des milliards dépensés depuis vingt-cinq ans, à nourrir, à armer, à équiper les militaires, à construire des casernes, à blinder des forts, à brûler des poudres avec ou sans fumée.

Tenez, moi qui vous parle, j'ai vu dernièrement, à Toulon, un canon de marine dont chaque coup représente la modique somme de 1,800 fr. (dix-huit cents francs). Il faut que le peuple français soit un miché bougrement sérieux pour se payer de pareils coups.

Vous l'avouerai-je, mon cher Paul, ces dépenses me déchirent le cœur!

Pauvre France, j'aimerais tant la voir riche et victorieuse à la fois!