Après un court silence, le cocher me pria de réitérer mon ordre:

—158, rue de Pontoise.

Une mimique expressive m'avertit de l'ignorance où croupissait l'automédon anversois relativement à la rue de Pontoise. Et même il ajouta:

—Ça existe pas!

Ses collègues, consultés, branlèrent le chef d'un air qui ne me laissa aucun doute.

Un garde-ville (c'est leur façon de baptiser là-bas les gens de police), m'assura que la rue de Pontoise n'existait pas à Anvers, ou que, si elle existait, elle n'avait jamais porté ce nom-là, et alors, c'est comme si, pour moi, elle n'existait pas, savez-vous!

Moi, je m'entêtais! Pourquoi la rue de Pontoise n'existerait-elle pas à Anvers? Nous avons bien, à Paris, la place d'Anvers et la rue de Bruxelles.

Il fallut bientôt me rendre à la cruelle réalité, et je réintégrai le train de Bruxelles, métropole où je comptais, à ce moment, plus d'amis qu'à Anvers. (Mes relations anversoises se sont, depuis lors, singulièrement accrues.)

Pas plutôt débarqué à Bruxelles, voilà que je tombe sur les frères Lynen, les braves et charmants qui m'emmènent chez l'un d'eux, où nous dînâmes et soupâmes en tant bonne et cordiale compagnie, jusqu'au petit jour. Cette nuit demeure un de mes bons souvenirs.

Oui, mais Charlotte!