(Pas un de mot vrai dans cette passion, uniquement mise là pour dramatiser le récit.)
Charlotte! Ce ne fut pas sans un gros battement de cœur que je reconnus son écriture, une anglaise terriblement cursive, virile, presque illisible, mais si distinguée!
«Mon chéri, disait-elle, mon toujours chéri, mon jamais oublié, je m'embête tellement dans ce sale cochon de pays que la plus mince diversion, fût-ce une visite de toi, me ferait plaisir. Viens donc enterrer cette niaise année 93 avec moi. Nous boirons à la santé de nos souvenirs; j'ai comme un pressentiment qu'on ne s'embêtera pas.
»Celle qui n'arrêtera jamais d'être Ta
»Charlotte.
»158, rue de Pontoise, Anvers.»
—Anvers! me récriai-je. Qu'est-ce qu'elle peut bien fiche à Anvers, cette pauvre Charlotte? À la suite de quelles ténébreuses aventures s'est-elle exilée dans les Flandres?
Oui, mais faut-il qu'elle m'adore tout de même, pour n'hésiter point à me faire exécuter cette longue route, dans sa joie de me revoir!
Le lendemain, à midi quarante, je m'installais dans un excellent boulotting-car du train de Bruxelles.
À sept heures trente-neuf, je débarquais à Anvers, salué par l'unanime rugissement des fauves du Zoologique, sans doute avisés de ma venue par l'indiscrétion d'un garçon.
—Cocher, 158, rue de Pontoise!