—Cette discussion, dit le docteur, me rappelle le plus extraordinaire pharmacien que j'aie vu de ma vie. En voilà un qui n'avait pas fait son éducation à Oxford ni à Cambridge, ni même à Cantorbery, comme Max Lebaudy! Il ignorait le latin, le grec et n'était pas bien reluisant sur l'orthographe anglaise... Ceci se passait dans une petite ville d'Australie de fondation récente. Notre homme... s'était établi apothicary, comme il se serait établi marchand de copeaux, tout simplement parce qu'il n'y avait pas d'apothicary dans le pays. Ses affaires prospérèrent assez bien, d'ailleurs. Au cours d'un voyage qu'il fit à Melbourne, le potard improvisé remarqua une magnifique pharmacie sur la devanture de laquelle était peinte cette devise latine: Mens sana in corpore sano, qui le frappa fort. À son retour, il n'eut rien de plus pressé que d'orner sa boutique de cette merveilleuse sentence qu'il élargit à sa manière, et bientôt les habitants de Moontown purent lire, à leur grand ébaubissement, cette phrase en lettres d'or:
MENS AND WOMENS
SANA IN CORPORE SANO
(Mens and womens, en dépit d'une légère faute d'orthographe, bien excusable aux antipodes, signifie hommes et femmes.)
... Le même docteur, qui me fait l'effet d'être un joli pince-sans-rire, disait, en parlant de cet hôtel de San-Remo dont les appartements, grâce à une disposition ingénieuse, sont tous exposés au Midi:
—Moi, j'ai vu plus fort que ça.
Vous pensez si on tendit l'oreille.
—Oui, j'ai vu plus fort que ça. C'est une jeune fille russe, à Menton, qui avait le poumon droit attaqué. Dans ses promenades, elle s'arrangeait de façon à avoir toujours le côté droit au soleil.
—Pardon, docteur, interrompt un vieux monsieur, ça ne devait pas toujours être bien commode.
—Pourquoi cela, pas bien commode? Est-ce qu'on ne peut pas toujours s'arranger pour avoir le soleil à sa droite ou à sa gauche?