Le matin du 17, au petit jour, nous fûmes réveillés par un événement si extraordinaire que tout le monde, à bord, se crut le jouet d'une hallucination.
En un clin d'oeil, couchettes et hamacs étaient vides. Jamais on n'avait vu pareil branle-bas.
Alors chacun, équipage ou passager, de s'interroger pour être bien sûr qu'on ne rêvait pas:
—Vous entendez?
—Parbleu, si j'entends!… Faudrait être sourd!
—On dirait un orgue.
—Un orchestre, plutôt, un immense orchestre!
—D'où ça peut-il venir?
Oui, d'où pouvait-elle bien venir, cette mystérieuse musique qui charmait nos oreilles, cette harmonie lointaine, singulièrement intense et pourtant si douce qu'elle semblait un chant du ciel.
D'où pouvait-elle bien venir? Pas de la terre, bien sûr, puisque nous étions du moindre îlot loin d'une vingtaine de milles, au bas mot. D'un bateau voisin, alors?