Les gageures se mirent aussi à sévir, et il n'est pas rare de voir, dans les bars de Melbourne et de Sydney, d'excellents pochards tenir des paris dont l'enjeu est, tout bêtement, leur mort violente, mais décorative, sur la scène du bon Bigfun.
Malgré ses frais énormes (certains de ces macabres protagonistes touchant un millier de livres), notre imprésario a fait une fortune considérable.
Quand la victime volontaire possède quelque talent et surtout une jolie voix, le prix des places ne connaît plus de limites.
Ainsi, lorsque miss Th. K… consentit à jouer Juliette dans Roméo, représentation qui se termina par son vrai suicide, les places les plus modestes atteignirent des prix de vertige. (Un strapontin de quatrième galerie fut payé par notre sympathique confrère de la presse française M. Brandinbourg, pas loin de douze mille francs.)
Reste à savoir si le théâtre de M. Bigfun rencontrera à Paris sa vogue de là-bas.
Je le crois, pour ma part, à moins qu'une campagne de sentimentalerie niaise ne soit menée contre lui dans une certaine presse.
CLARA OU LE BON ACCUEIL PRINCIÈREMENT RÉCOMPENSÉ
(Drame lyrique en deux actes)
PREMIER ACTE
La scène représente la grand'place d'un modeste village. Un vieillard péniblement appuyé sur un bâton vient d'y arriver. Des enfants, les uns goguenards, les autres pitoyables, contemplent le bonhomme et l'entourent.