Fidèle à mon engagement, je n'ai pas soufflé mot de cette entreprise tant que tout n'a pas été conclu, signé, paraphé, enregistré.
Aujourd'hui, je puis parler et ma satisfaction n'est point mince d'être le premier à donner la sensationnelle nouvelle.
Il s'agit, vous le devinez, d'un nouveau clou pour l'Exposition de 1900…
Après mille démarches, mille refus, M. Bigfun, le grand imprésario australien si connu, vient enfin d'obtenir l'autorisation d'ouvrir et… d'exploiter son théâtre, ce théâtre dont les débuts soulevèrent aux antipodes tant d'indignations, tant de colères.
Contrairement à cette Compagnie d'assurances qui s'appelle The
Mutual Life, le théâtre de M. Bigfun pourrait s'intituler The Mutual
Death.
Comme dans les autres théâtres, on y joue des drames humains et des mélos surhumains. Mais, détail qui corse l'intérêt du spectacle, les victimes sont de vraies victimes, et il ne se passe pas une seule représentation, chez M. Bigfun, sans, au moins, un réel meurtre ou un suicide véritable.
Le plus étrange, dans cette étrange entreprise, c'est que, depuis l'ouverture de son théâtre, M. Bigfun ne s'est jamais trouvé à court de victimes volontaires.
Tout d'abord ce furent de pauvres diables qui, pour laisser quelque argent à leur famille indigente, n'hésitèrent pas à faire le sacrifice de leur vie.
Puis, vinrent des désespérés des deux sexes, amants malheureux, jeunes filles délaissées, que tentèrent ce cabotinage et cette mise en scène dans le trépas.
Enfin, le snobisme s'en mêla et beaucoup de personnes, sans raison apparente, s'offrirent au rôle de victimes, simplement pour épater la galerie.