Mais voici où la chose se corse.
En écorchant l'anguille, en lui ouvrant l'estomac, que pensez-vous que trouva la femme de mon jardinier?
Une pièce de cinq francs?
Non.
L'anguille, un poisson plutôt en longueur, n'est nullement outillée pour avaler de gros écus: ni son orifice buccal, ni son estomac, ne se prêteraient à pareille prouesse.
Ce que la femme du jardinier rencontra dans l'intérieur de l'anguille, c'est, ou plutôt ce sont huit pièces de cinquante centimes, soit un total de quatre francs, représentant exactement ce que la brave femme comptait voir revenir sur sa pièce de cent sous.
Comme coïncidence (car il ne faut voir dans tout cela qu'une simple coïncidence), avouez que c'est assez coquet!
Et cette aventure ne vous rappelle-t-elle pas certaines légendes génoises et vénitiennes où des jeunes filles (à Venise, c'était souvent la demoiselle du doge qui se livrait à ce sport, par esprit d'imitation sans doute) où des jeunes filles, dis-je, après avoir jeté leur anneau dans la mer, le retrouvaient dans le ventre des poissons qu'on leur servait à table?
À Florence, pareils faits ne se produisirent point, sans doute à cause de la distance qui sépare cette magnifique cité de la mer.